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Accueil > Campagnes > Archives > 2013 - La santé, ça ne doit pas se mériter. C’est un droit ! > L’aide médicale urgente : quelques critiques féministes

Les critiques féministes de Vie Féminine

Information sur les soins liés à la santé sexuelle et reproductive

Les soins gynécologiques sont couverts par l’Aide Médicale Urgente (AMU). Cependant, peu de femmes savent qu’elles peuvent bénéficier de ces soins dans le cadre de l’AMU.

Par ailleurs, l’ouverture de l’Europe amène de nouveaux publics qui ne sont pas couverts, en particulier les migrant-e-s européen-ne-s. On leur propose souvent de rentrer dans leur pays pour des suivis de grossesse parce que même si ces femmes peuvent être suivies pour les consultations prénatales par l’ONE, les actes techniques eux, tant que ces femmes ne rentrent pas dans les conditions pour bénéficier de l’assurance maladie en Belgique ou de l’AMU, ne sont pas couverts. Par ailleurs, pour ce suivi prénatal, il faut noter que les plannings sont saturés et que les consultations prénatales de l’ONE voient leurs fonds diminuer.

En ce qui concerne la contraception, la plupart des médecins ne propose que rarement un autre choix que la pilule, peu importe la femme à laquelle ils s’adressent. Or, cette proposition tient-elle compte de ce que souhaite la femme ? Est-ce ce qui est le plus en lien avec sa culture, est-ce le moyen de contraception le plus adéquat dans sa situation (que faire d’une plaquette de pilule quand on se déplace régulièrement, voire quand on vit dans la rue ?). Par ailleurs, la pilule est le seul moyen de contraception partiellement remboursé par l’INAMI. Toutes les pilules et tous les autres moyens de contraception ne le sont pas.
Autre exemple de non remboursement problématique. Le lait en poudre est considéré comme un médicament de confort et n’est donc pas remboursé. Ni pour les personnes bénéficiant d’une mutuelle ni donc pour les femmes en séjour illégale bénéficiant de l’AMU. Or, si elles en bénéficient, c’est que le CPAS reconnaît qu’elles sont particulièrement précaires. Elles sont donc livrées à elles-mêmes pour trouver un moyen de nourrir leur enfant si elles ne peuvent pas l’allaiter. Situation problématique tant pour les nourrissons que pour leurs mères !

A ce sujet, une autre bonne pratique est celle des CPAS de la région de Bruxelles-Capitale. Ceux-ci prennent en charge sur fonds propres le prix du lait en poudre.
Par ailleurs, Fedasil a ont établi une liste de soins et médicaments pris en charge dans le cadre de l’AMU, même si ils n’étaient pas remboursés par l’INAMI . Le lait en poudre fait partie de ces soins en cas d’allaitement non possible.

Enfin, certaines pratiques sont particulièrement extrêmes. Certains CPAS refusent la prise en charge via l’AMU d’une femme enceinte sous prétexte que le père est inconnu et donc peut-être belge (et pourrait donc subvenir aux besoins de l’enfant qui serait lui aussi belge). Il est évident que ce genre de situation est inacceptable !

Accessibilité de l’avortement

L’interruption volontaire de grossesse est couverte par l’AMU. Cependant, il est nécessaire que les femmes incluent dans le délai légal de 12 semaines pour l’IVG le délai nécessaire au CPAS pour donner sa réponse à la demande d’AMU, qui est lui d’un mois. Autant dire que, le temps de constater qu’on est enceinte et le temps de faire la demande au CPAS, ces 12 semaines sont bien entamées voire quasi totalement passées.

Pour les femmes migrantes européennes, dans les premiers mois de leur séjour sur le territoire belge, le recours à l’IVG relève pour elles complètement du parcours d’obstacles. Etant considérées comme touristes pendant les 3 premiers mois de leur séjour, elles dépassent vite le délai légal de 12 semaines pour l’IVG et n’ont donc aucun accès ici à l’avortement.

Discrimination envers les familles

Le CPAS de Bruxelles Ville a une pratique particulière concernant les familles.
Parce que ces familles ont des enfants, le CPAS les renvoie vers Fedasil qui leur propose un accueil, une aide matériel et une aide médicale. Or depuis le début du mois de juillet, l’accueil proposé par Fedasil n’est pas dans un centre d’accueil normal, mais dans un centre de retour, cogéré avec l’Office des Etrangers et proposant aux familles des conventions de retour volontaire pouvant déboucher, en cas de refus, à un retour forcé. Nombre de famille refusent donc cet accueil, ce qu’elles sont en droit de faire. Dans ce cas, le CPAS doit leur fournir l’aide qu’elles demandent, c’est-à -dire l’Aide Médicale Urgente. Ce qu’il refuse de faire.
Ces familles se retrouvent donc dans des situations kafkaïennes, perdant une aide qu’elles recevaient pourtant avant la naissance de l’enfant, ou se retrouvant face à des soins qu’elles ne peuvent pas financer. Le CPAS, en agissant de la sorte, se met en porte-à -faux vis-à -vis de la loi. Mais cela ne semble pas l’inquiéter...