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Accueil > Nationale > Archives de nos dossiers > 8 mars 2011 > Ce « s » qui fait toute la différence

Alors que l’Assemblée Générale des Nations Unies reconnaît depuis 1977 le 8 mars comme la journée internationale des femmes, cette année encore, nous entendrons médias, politiques, institutions et autres commerçants badiner avec la journée de LA femme ou du droit de LA femme ou pire... la fête de LA femme. Oubliant, comme le dit si bien Christine Delphy [1], ce « s » qui fait toute la différence entre un mythe et un être fait de chaire et de sang.

Le 8 mars, donc, nombreux seront celles et ceux qui prendront la parole publiquement, la bouche en cÅ“ur, pour parler de la femme : la femme fragile qu’il faut défendre, la femme jongleuse [2] qu’il faut féliciter, la femme parfaite qu’il faut idéaliser... D’autres citeront seulement les actions courageuses de femmes ailleurs dans le monde, affirmant qu’ici en Belgique, « le féminisme, c’est dépassé ». Et le 8 mars de dériver lentement en verres de l’amitié..., occultant qu’ici et maintenant nous sommes toutes encore discriminées. Nous leur rendons bien volontiers cette journée unique de LA femme.

Nous mettons quant à nous à l’honneur les luttes des femmes. Car de tout temps, elles ont lutté pour l’amélioration de leurs droits et de leurs conditions de vie. Le droit de vote, l’avortement, la contraception, le travail rémunéré... ce sont des combats menés par des femmes pour des femmes. Car, comme l’explique Christine Delphy, le système ne se transforme pas de lui-même. Or l’idéologie dominante tente de nous faire croire que les acquis féministes sont l’effet d’un progrès-qui-marche-tout-seul.

Dans ce concert de plus en plus bruyant autour des femmes, notre mouvement s’est mis en tête de rappeler aux jeunes femmes d’aujourd’hui que nos luttes, et nos luttes seules, ont fait bouger les choses et continueront à le faire. Seules les luttes feront avancer la situation [3]. Les combats féministes sont déjà parvenus à changer quelques rouages du système pour rendre la société un peu plus égalitaire. Mais pourquoi devrions-nous nous en contenter ? Changer ce système sexiste, raciste et capitaliste, c’est possible. L’utopie d’aujourd’hui est la réalité de demain. Mais à quel type de société aspirons-nous véritablement ?

Vers une société égalitaire, solidaire et juste ici et maintenant
Le 29 mai 2010, plus de 300 membres de Vie Féminine, réunies en Congrès, ont voté 12 conditions pour une société égalitaire, solidaire et juste. Ces 12 conditions remettent complètement en cause ces 3 systèmes de domination. Le mouvement s’est ainsi engagé à tout mettre en Å“uvre pour lutter contre les causes et les effets de ces systèmes sur les femmes.

A l’occasion de ce 8 mars 2011, le Mouvement a également édité une brochure reprenant l’ensemble de ces 12 conditions, pour nous inviter à rejoindre cette lutte toutes ensemble. Et dans la poursuite du Congrès, durant l’année 2011, le mouvement entamera un travail de revendications politiques autour de 2 enjeux majeurs : l’élimination de la pauvreté des femmes et l’autonomie économique des femmes.

ps :

Les femmes aussi font l’histoire :

En 1910, à Copenhague, à la conférence internationale des femmes socialistes, l’allemande Clara Zetkin appelle à la participation des femmes dans les mouvements de travailleurs et en politique. A cette époque, les femmes n’ont pas encore le droit de vote. Clara Zetkin sent alors qu’une large mobilisation sera nécessaire pour que les femmes acquièrent ce droit. Afin d’obtenir le suffrage universel, elle appelle tous les pays européens à organiser une journée internationale des femmes. La 1ère journée a lieu le 8 mars 1911.

Le 8 mars 1917, des ouvrières du textile de Pétrograd partent en grève pour manifester contre la crise économique. A partir de ce moment et à cette date, chaque année en URSS, on fêtera l’action des ouvrières de Pétrograd.

En 1977, les Nations Unies reconnaissent le 8 mars comme journée internationale des femmes.

notes :

[1Féministe française, auteure de plusieurs ouvrages (dont Classer, dominer, Qui sont les « autres » ?) et directrice de la revue Nouvelles Questions Féministes (NQF)

[2Par exemple : entre l’ex-mari, les 2 enfants, le boulot à mi-temps.

[3En 2011 et 2012, Vie Féminine organisera des avant-soirées de débat avec comme fil conducteur la transmission entre générations de féministes et entre paires. Plus d’infos : Anabelle Delonnette, 02/227 13 00.